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Tolbiac la rose pâle

 

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Bastion de l’extrême gauche étudiante dans les années 1970-1980, le site Tolbiac de l’université Paris 1 Panthéon-Sorbonne, depuis rebaptisé centre Pierre Mendès France, s’est beaucoup apaisé. Les agitateurs d’antan ont cédé la place à des associations étudiantes moins politisées. De « Tolbiac la rouge », il ne reste pas grand-chose.

Les tags des cages d’escalier sont encore les vestiges les plus visibles de cette époque marquante pendant laquelle Tolbiac la rouge portait bien son surnom. Aujourd’hui, elle figure toujours parmi les sites universitaires à la pointe de la mobilisation étudiante, au même titre que Nanterre, Rennes 2 et Toulouse Le Mirail. Mais la très forte effervescence militante teintée de l’esprit soixante-huitard qui a fait sa renommée il y a quarante ans a pris du plomb dans l’aile. Car, en ce temps-là, tous les mouvements d’extrême gauche étaient largement représentés parmi les étudiants de Tolbiac, hurlant à qui mieux mieux pour se faire entendre.

« On aura tout eu : les maoïstes, les lambertistes, les trotskistes, les spontanéistes, les autonomes…, énumère Jean-Louis Bauer, ancien directeur du centre Tolbiac de 1978 à 1982. « Ils étaient omniprésents, se souvient, nostalgique, Claudine Charfe, responsable de la vie étudiante depuis plus de trente ans. Il y avait tout le temps du tractage, des débats, des meetings politiques. » D’ailleurs, Tolbiac est devenue une nurserie d’hommes politiques. Harlem Désir, Jean-Christophe Cambadélis, Manuel Valls, Alain Bauer, Pierre Laurent : tous ont foulé le sol de cette université.

Si l’extrême gauche s’est si bien implantée à Tolbiac, c’est pour plusieurs raisons. Bien sûr, le climat contestataire de l'après 68, encore plus prégnant à Panthéon-Sorbonne que dans d’autres universités. Mais aussi la localisation du site dans un quartier à l’époque sociologiquement marqué, voire très défavorisé. Le fait aussi que les étudiants y soient jeunes - on y effectue seulement ses deux premières années avant de rejoindre un autre site du campus - donc plus contestataires mais aussi plus facilement influençables. Enfin, le bâtiment lui-même, pour le moins atypique.

Souvenir d’incidents musclés

En 1972, ses architectes Andrault et Parat avaient pour mission de concevoir un lieu pouvant accueillir 13 000 étudiants dans un espace restreint de 4 500 mètres carrés. Il en est sorti trois tours brutes faites de cubes empilés, entourées par la fosse, espace étrange composé de gradins alambiqués, surnommé « la montagne ». À l’intérieur, des couloirs étroits et des bunkers bas de plafond sans fenêtre ni ventilation. « C’est inconfortable, il n’y a pas d’espace pour la vie étudiante. Et puis c’est moche, glauque, limite concentrationnaire », juge Jean-Louis Bauer. À tel point qu’Alexandre Baetche, qui y enseigne la gestion depuis plus de trente ans, se souvient que de nombreux étudiants y défiaient la gravité depuis le 16e étage, jusqu’à ce que l’on se décide à condamner les espaces entre les cubes, dans les années 1990.

Lire la suite dans le 13 du Mois #16


Publié par Emmanuel Salloum  le 09 Octobre 2012
 

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