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Rentrée littéraire : l’angoisse du libraire

 

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Quoi de mieux qu’un libraire pour parler de la rentrée littéraire ? Nous avons réuni Fabienne Olive de la librairie Les Oiseaux rares et François Chabin de la librairie Jonas  (1) pour une discussion de salon. Où l’on découvre que la grande foire aux bouquins n’est pas une sinécure.

Le 13 du Mois : Dans quel état d’esprit est un libraire quand arrive la rentrée littéraire ?

François Chabin : Content mais toujours un peu angoissé à cause de l'abondance de livres à paraître. 646 nouveautés cette année. Qu’est-ce qu’on peut faire, nous, pauvres libraires, devant cet amoncellement de publications ?

Fabienne Olive : Pour moi, la rentrée littéraire c’est à la fois excitant, parce que de nouveaux textes arrivent, et aussi complètement accablant parce qu’on se dit qu'on ne pourra jamais tout lire et que de nombreux textes magnifiques vont rester sur le bord de la route. J’ai du coup tendance à aller regarder du côté des oubliés, des perdus. De toute façon on n’a pas la place de tout mettre en avant. J’ai 40 mètres carrés, je suis obligée de choisir.

Le 13 du Mois : En cette période, le libraire doit-il être un lecteur frénétique ?

François Chabin : J'ai pour principe de me faire plaisir, je ne suis pas un stakhanoviste de la lecture uniquement pour vendre, pas du tout. Ce qu’on vend bien, c’est ce que l’on a aimé et ce dont on parle. C’est un des grands plaisirs de notre profession, être le relais entre un texte et un lecteur.

Fabienne Olive : Je partage ce principe. Je lis les livres dont j’aime les auteurs, dont les éditeurs m’intéressent, dont le représentant va parler et ainsi titiller ma curiosité. Pendant l’été, j’essaye d’avoir des lectures plaisir, découverte. Quand débarque le gros de la cavalerie, là aussi je suis sélective. Certains livres, même s’ils sont mis en avant par les éditeurs, je ne les lirai pas parce qu’ils ne m’intéressent pas et que j'ai besoin de faire de la place. Parmi ces « gros », il y en a tout de même qui sont écrits par des auteurs que l'on connaît et que l'on aime, alors on n’hésite pas à les avoir. Un Mathias Énard (2), par exemple, c’est évident qu’on a vraiment envie d’avoir ce livre, de le lire et, si on l’a aimé, de le défendre car c’est un auteur qui compte et qui, dans son écriture et dans ce qu’il a à dire, fait sens par rapport à l’idée que je me fais de ma petite librairie de quartier et de ce que j’ai envie d’offrir aux gens.

François Chabin : Prenez Toni Morrison, j’adore cette auteure mais elle n’a pas besoin de moi pour vendre. Je n’ai pas encore lu le dernier (3) d’ailleurs, mais je sais que ça va me plaire. Il vaut donc mieux que je lise quelqu’un d’un peu moins connu.

Fabienne Olive : Le problème, c'est aussi que ces rentrées littéraires commencent de plus en plus tôt. Maintenant ça débute le 15 août, bientôt ça commencera le 1er juillet... On reçoit les livres à partir du 17 ou du 18 août, quand pas mal de librairies sont fermées, ce qui veut dire que lorsqu'on rouvre sa librairie, voilà que l'on se retrouve devant des monceaux de livres à rentrer dans nos ordinateurs, à placer sur les tables. Ça a un côté ubuesque.

[...] Lire la suite dans Le 13 du Mois #22

 


 

Publié par David Even  le 10 Octobre 2012
 

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