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COMMICO - Le récit d'un flic après l'incendie du commissariat

 

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Didier Fossey, policier-écrivain, nous a contacté après l'incendie accidentel du commissariat. Voici son récit d'une carrière de flic au « commico » du 13e.

 

1er Avril 2012, salon du livre de Romilly-sur-Andelle (27), 10 heures du matin. La mise en place est terminée, les derniers croissants s'avalent vite fait au comptoir de la salle polyvalente, arrosés de café frais. Les cinquante auteurs, tous genres confondus, s'interpellent gaiement, se retrouvent, se rencontrent, font connaissance, en attendant les premiers visiteurs qui ne vont pas tarder à arriver.

La sonnerie de mon portable, le Requiem pour un con de Gainsbourg, me distrait de la conversation que j'ai avec Philippe, collègue écrivain. Je le sors de ma poche, l'ouvre, Sofiane… Que peut-il bien me vouloir un dimanche matin ?

- Didier, c'est Sofiane, je suis devant le commissariat du 13e, tout est explosé, y'a plus une vitre debout, ça a vraiment bien cramé.

- Oui et quoi d'autre ?

Sofiane est un ami, il est directeur de centres d'animation sur le 13e arrondissement, où je suis policier.

- Je t'assure Didier, ça a cramé ce matin, à 5h30, le commissariat est détruit.

- Mais bien sûr, allez bonne journée Sofiane, elle était bien bonne.

Je raccroche, me retourne vers Philippe, en rigolant comme pas possible.

- Ah la vache ! Ce poisson d'avril qu'on vient de me faire, le commissariat du 13 a brûlé. Il a pas trouvé mieux. Je suis mort de rire.

Nous regagnons la salle et nos places en rigolant comme deux mômes et en faisant partager la blague aux autres auteurs.

J'ai arrêté de rigoler au deuxième coup de fil, émanant d'un de mes collègues réputé pour son sérieux voire sa psychorigidité. Vite un coup d’œil à un moteur de recherches. Merde ! C'était vrai. Les images sont éloquentes, les commentaires sans appel.

- Un commissariat de police détruit par le feu.

Le commissariat du 13 a brûlé à 5h30 du matin, suite à un court-circuit, un banal court-circuit. Ce hideux cube de verre, de fer et de béton, construit en 1967 termine sa vie de bien triste façon. Heureusement, aucune victime n'est à déplorer, tout au plus quelques fonctionnaires intoxiqués.

 

Une chape de béton s'abat sur moi, je me revois, il y a 27 ans, un matin de mai 1985, arrivant dans ma première affectation parisienne, qui sera la seule. Quand on est bien, pourquoi changer ?

J'ai choisi ce commissariat à la sortie de l'École de police de Nantes, on ne me l'a pas imposé. Je l'ai choisi sur plan, comme on choisit un appartement pas encore construit. Sur plan, oui, mais de métro et de RER, en fonction de son emplacement, pas loin de la gare d'Austerlitz, terminus de mes trajets depuis la banlieue sud de Paris, où l'administration m'a trouvé un logement.

Nous étions une trentaine dans la salle de réunion du 4e étage, la salle Chailland, du nom d'un policier mort en service. Le commissaire Rouibi nous avait brossé un portrait rapide de l'arrondissement et donné nos affectations. La majorité de cette promotion était destinée à la brigade J3. À cette époque, quatre brigades se partageaient la journée, J1, J2, J3 et Nuit. Les horaires changeaient toutes les semaines pour les trois brigades de jour, un jour de repos hebdomadaire en fonction de l'ancienneté. Pas question de postuler, en arrivant, pour le samedi ou le lundi qui, ajouté au dimanche une fois par mois permettait presque de faire un vrai week-end.

Lire la suite dans Le 13 du Mois # 18


Proche de la retraite, Didier Fossey se reconvertit résolument vers l'écriture. Il est l'auteur de deux polars, Ad Unum (2011) et [email protected] sur le web (2010) publiés aux éditions Les 2 Encres, où il échafaude avec bagoût des intrigues inspirées du quotidien de la vie de flic. Un troisième opus est en préparation pour 2013.


Illustration Mai-Lan

Publié par Didier Fossey  le 09 Mai 2012
 

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