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13 mars - 13 avril 2013 - no27

L'édito #27

Vieux et joli

 

«Les crèmes, les pubs, tout est "anti-âge". Il faudrait tout de même que les gens restent regardables le plus longtemps possible ! » Voilà le type de propos que nous avons pu recueillir de la bouche de ces « seniors », ces « personnes du troisième âge » que nous n’hésitons pas à rétablir dans leur qualité de « vieux », simplement. Au 13 du Mois, nous soupçonnons cet austère verbiage d’avoir pour effet, sous couvert de correction, de les aliéner davantage encore. En janvier, nous parlions des « jeunes » patrons, alors parlons des vieux sans tabou.

 

Et il y a de quoi dire. La situation de nos vieux, donc, est au cœur de la crise économique que nous traversons. Les pensions diminuent tandis que les maisons de retraite sont devenues un marché juteux. À l’échelle du 13e, ou deux Ehpad à but non lucratif viennent de voir le jour, il y a du mieux. Il y a également des structures privées aux tarifs prohibitifs, lesquelles ont bien compris que la vieillesse rapporte de l’argent. Dans un marché du logement « en tension » comme Paris, il semble que les vieux casquent les premiers quand vient le temps de trouver une bonne maison de retraite.

 

À la question économique, le contrôleur général des lieux de privation de liberté, Jean-Marie Delarue, vient d’ajouter un débat éthique. Dans un rapport paru le 25 février, véritable pavé dans la mare, il demande à pouvoir contrôler les Ehpad de la même façon qu’il s’occupe des prisons ou des hôpitaux psychiatriques. Il y indique que chaque Ehpad suit ses propres protocoles tandis que « se sont multipliés les unités Alzheimer fermées, les digicodes, les portiques qui réagissent à des puces placées dans les vêtements ou les chaussures des résidents, les bracelets électroniques » (Le Monde du 25 février). Au nom de la sécurité des résidents, les voilà plus surveillés que les taulards. Souvent financées par des fonds de pension, les maisons privées ont tout intérêt à empêcher la fugue pour continuer à toucher le chèque des familles affolées. Or, s’interroge Henri Pousset, président de l’association Générations 13 (lire en page 24), la possibilité de fuguer n’est-elle pas l’ultime moment de liberté laissé à nos vieux cloîtrés entre quatre murs ? Cette subtile sagesse à l’égard de nos aînés, nous avons voulu, ce mois-ci, la faire nôtre.

Publié par Jérémie Potée  le 11 Mars 2013

Extrait - La visionneuse

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