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En temps de crise, les assos au pain sec

 

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Rigueur budgétaire oblige, les associations peinent à trouver des financements. Qu'en est-il dans le 13e, l'arrondissement parisien qui compte le plus d'associations ?







Le contexte

Jusqu'à récemment, en France, une nouvelle association était créée toutes les dix minutes. Entre 1999 et 2005, l'emploi associatif salarié avait augmenté deux fois plus vite que la moyenne nationale. Depuis une quinzaine d'années, le secteur pouvait se prévaloir d'un dynamisme tout particulier qui lui avait permis de mieux résister, proportionnellement, à la crise économique. Et pourtant, aujourd'hui, ce dynamisme donne des signes de fatigue. Les associations et leurs représentants pointent du doigt un frein : elles ont de plus en plus de mal à trouver des financements.

La Conférence permanente des coordinations associatives (CPCA), qui représente l'ensemble du secteur associatif, a dévoilé début janvier une enquête sur ces difficultés. Le résultat est sans appel : 69% des associations interrogées affirment avoir vu leurs financements publics baisser entre 2009 et 2010. Autre chiffre inquiétant, pour la première fois, fin 2010, l'emploi salarié a baissé dans le secteur associatif. Cette baisse se poursuit depuis. Tout laisse à penser que 2011 a été une année catastrophique, avance notamment le Conseil national des chambres régionales de l’économie sociale et solidaire.

 




À la mairie du 13e, le discours est morose : « Déjà avant la crise, l’État avait recentré ses priorités autour de l'insertion et de la jeunesse, au détriment de la culture ou du lien social », explique Éric Offredo, adjoint du 13e chargé des affaires sociales. Puis, avec les difficultés économiques et budgétaires, les sommes allouées au financement des associations se sont réduites comme peau de chagrin.

Les collectivités locales, qui jusque-là compensaient en grande partie le désengagement de l’État, commencent à tirer la langue. Dans le 13e, « les associations ne souffrent ni plus ni moins qu'ailleurs », assurent Éric Offredo et Minette Laville, adjointe chargée des relations avec les associations, tout en concédant que les finances de la ville se sont nettement resserrées. À Paris, le budget dédié au financement des associations a ainsi baissé de 5 à 10% l'an dernier, précise Minette Laville.

« La crise et la rigueur budgétaire véhiculent aussi un discours nouveau sur les fonds publics qui laisse à penser que leur utilisation est suspecte », ajoute Béatrice Delpech, présidente de la CPCA. Signe des temps, les pouvoirs publics préfèrent souvent au système traditionnel de subventions des financements conditionnés, comme les contrats d'objectifs et les appels à projets. « Nos missions sont de plus en plus souvent fixées de l'extérieur. Les associations sont mises en concurrence, elles deviennent des agents économiques comme les autres, chargés de répondre à des besoins prédéfinis », regrette Martin Bégaud, le trésorier du Groupement étudiant national d'enseignement aux personnes incarcérées, le Genepi.

Les petites associations en première ligne

Toutes ces contraintes risquent de profondément bouleverser la physionomie du monde associatif. La situation des petites associations et des nouvelles venues est particulièrement précaire, dénonce notamment Béatrice Delpech, car elles servent souvent de variable d'ajustement. D'année en année, leurs subventions varient beaucoup, et elles ont rarement les moyens humains de chercher de nouveaux financements tout en maintenant leur activité. « Nous n'avons aucune visibilité à moyen ou long terme », raconte Jacques Trief, président de l'association de quartier Rungis-Brillat-Peupliers - lire son témoignage ci-contre. « Nous tenons grâce à nos réserves. Le jour où nous n'aurons plus assez pour financer nos activités, il faudra mettre la clé sous la porte », prévient-il.

Sébastien Prot, le directeur de la Mie de Pain, association d'aide aux sans-abri basée dans le 13e, ne voit qu'une alternative pour les petites associations. « Aujourd'hui, il faut de plus en plus de moyens humains et matériels pour faire des demandes de subventions, boucler son budget. Les associations qui fonctionnent grâce au bénévolat vont devoir soit passer leur tour, soit fusionner pour être plus compétitives », prédit-il.

Lire la suite dans Le 13 du Mois # 15

 

Publié par Raphaëlle Peltier  le 06 Avril 2012
 

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