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PORTRAIT | Françoise Basch - L'héritière

 

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Françoise Basch avait 14 ans quand ses grands-parents, Victor et Hélène Basch, ont été assassinés par la milice française et la Gestapo sous l'Occupation. Devenue une universitaire féministe renommée, elle revient sur cette histoire familiale tourmentée, qui a peu à peu façonné son identité.

Françoise Basch a été très affectée par les dernières tueries parisiennes. Lui est alors revenue en tête l'image de l'assassinat de ses grands-parents, Hélène (née Ilona Fürth) et Victor Basch, co-fondateur de la Ligue des droits de l'Homme. C'était le 10 janvier 1944. « Il y avait un billet sur leur cadavre, rédigé par la milice ou la Gestapo : “Le juif paye toujours” », raconte aujourd'hui leur petite-fille, qui soufflera sa 85e bougie au mois de juin. Dans son bel appartement, près des Gobelins, elle nous montre une double page du Monde qu'elle souhaiterait encadrer : une photo historique de cette marée humaine à République, lors de la marche républicaine du 11 janvier. Quand elle a appris que de nombreuses stations de métro étaient fermées, elle a dû renoncer à y aller.

Un héritage familial difficile à assumer

« Françoise a toujours été un peu prudente », observe une de celles avec qui elle a milité dans un des premiers groupes d'études féministes en France, le GEF, créé à l'université Paris 7 en 1975, Françoise Picq. « Elle a eu une carrière honorable, a fait des choses assez exceptionnelles, mais n'a jamais voulu se mettre en avant ni en être la principale organisatrice. » La faute au poids de son histoire familiale ? Petite-fille du célèbre intellectuel Victor Basch du côté paternel, de Marius Moutet, député puis sénateur SFIO du côté maternel, fille de Marianne Basch, médecin sous l'Occupation, Françoise essayait tant bien que mal de se faire une place parmi ces figures héroïques. « On m'a tellement dit que ma mère était une femme extraordinaire, admirable, que c'était difficile à assumer pour moi », admet-elle. À cette mère, elle a tout de même voulu rendre hommage, bien des années plus tard. Dans Ilona, ma mère et moi, paru aux éditions iXe en 2011, Françoise Basch raconte, en s'appuyant sur ses propres souvenirs et de nombreuses lettres, l'histoire de sa famille juive sous l'Occupation : le suicide douloureux de son père, le 20 juin 1940, l'exode vers Lyon pour échapper à l'invasion allemande à Paris, l'assassinat de ses grands-parents, le passage clandestin de sa mère et de ses deux enfants en Suisse, quelque temps plus tard...

Un féminisme ressenti très tôt

À cette époque, Françoise Basch n'avait qu'une dizaine d'années, pourtant ses souvenirs restent nombreux et d'une précision impressionnante. Assise sur le canapé de sa véranda offrant une magnifique vue sur le Panthéon et Jussieu, elle réfléchit, marque de longues pauses, mais se souvient du moindre détail une fois qu'elle est lancée. Elle se rappelle de ce jour où la Gestapo a frappé à la porte de chez eux, entraînant la fuite de sa mère, ensuite prise en charge par des résistants. Et de ce pipeau qu’elle avait en poche, lors de leur passage en Suisse.

[…] La suite de ce portrait est à retrouver dans Le 13 du Mois #48

Publié par Rozenn Le Carboulec  le 05 Février 2015
 

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