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DOSSIER I « Daft Punk a enregistré une partie de son album ici »

 

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Jean-Pierre Janiaud, fondateur du Studio Gang, boulevard de l’Hôpital

Jean-Pierre Janiaud ne peut pas tout raconter. C’est trop, quarante ans. Quand il a rejoint Claude Puterflam, le big boss, pour fonder Gang en 1974, il ne se doutait pas de son assise dans le paysage musical français et maintenant international. Aux débuts, Michel Berger et Jean-Jacques Goldman confient à Gang l’enregistrement de leurs albums. Puis ce fut au tour de Noir Désir et des Rita Mitsouko. Aujourd’hui, c’est Daft Punk, Coldplay, Lady Gaga, Pharrell Williams, Beck, Air, Iggy Pop et bien d’autres qui passent graver leur voix.


Le 13 du Mois : Comment expliquez-vous que Gang soit plébiscité par les artistes depuis 40 ans ?

Jean-Pierre Janiaud : C’est calme, comme environnement, ça donne envie de créer. Chez nous, il y a du vintage autant que de la modernité. Je crois que c’est ce qu’apprécient les groupes. Il y a deux magnétos 16 pistes, par exemple, et puis du matériel numérique. On essaie de préserver ce côté vintage. Les vieilles machines que vous pouvez voir ici sont très prisées, elles valent très cher. Ces vieux micros Neumann, je les entretiens avec amour.


Toutes les pièces de Gang Recording Studio donnent sur une agréable cour pavée parfaitement isolée du bruit extérieur. L’unique studio d’enregistrement en est la pièce maîtresse. La lumière voilée est rendue par le bois des murs, des consoles, des instruments, des pupitres ou de l’escalier qui descend à la « live room ». Une multitude de détails s’éparpillent dans cette immense pièce découpée en plusieurs parties, dont une « control room », la « live room » ou encore un petit salon, avec deux canapés en cuir qui se font face. Quels sont ceux qui se sont déjà assis là ? Jean-Pierre Janiaud, lui, a pris place derrière une console chargée de boutons de couleurs. Malgré la modernisation de quelques appareils, il assure que le décor est d’origine. C’est là qu’a été enregistrée la célèbre chanson des Restos du Cœur et que le clip a été tourné.

 


 

Ici, c’est un peu chez vous, après tout ce temps ?

Je suis ingénieur du son, électronicien, responsable technique, un peu tout ça, oui. C’est Claude Puterflam qui a fondé cet endroit. Il en est toujours à la tête, d’ailleurs. J’ai rencontré Claude aux studios Vogue, où je faisais du mixage. Au départ, il ne voulait pas faire tout ça, juste un studio pour ses productions à lui. Et puis il a découvert cet endroit, qui était tenu par un monsieur qui faisait de la literie, des sommiers métalliques. À l’époque, c’étaient des hangars. Il a fait venir ses potes pour mettre des panneaux de bois et de la toile de jute. Ils s’imaginaient qu’ils pouvaient faire de la musique mais quand ils ont testé, les voisins ont hurlé. Il a fallu tout raser et tout refaire. Quand on a commencé à creuser, on s’est rendu compte qu’il y avait la Bièvre en dessous et qu’il valait mieux tout consolider. Il y a un peu de jeu dans les encadrements de portes aujourd’hui mais l’endroit reste parfait acoustiquement : c’est une boîte dans une boîte.

 


 

Chez Gang et sa pendante Translab, société chargée du mastering (voir ci-contre), personne n’est salarié. Chacun travaille pour son compte, comme intermittent ou patron de SARL. Tout est très silencieux : les ingénieurs occupent leurs studios devant leur écran d’ordinateur et leurs consoles. L’ambiance est étonnamment paisible pour un endroit dédié à la musique.

 


 

Musicalement, comment cela a-t-il démarré ?

Grâce à Michel Berger, que Claude et moi connaissions. Très vite, je suis devenu son ingénieur du son personnel, jusqu’à sa mort. France Gall et Jean-Jacques Goldman sont venus se greffer, ainsi que Jean-Michel Jarre. J’ai même fait le chœur sur Quand la musique est bonne. On était tous potes. Gang s’est fait un nom assez rapidement. Puis, pour moi, ça a été des tournées avec Johnny pendant 15 ou 16 ans comme ingénieur façade. On a fait Bercy, le Stade de France, la tour Eiffel. Ce qui m’intéressait chez lui, c’était la scène. L’Envie, sa chanson, ça lui collait à la peau. Johnny, quand il monte les marches vers la scène, c’est un autre personnage. Dr Jekyll et Mr Hyde. Puis son entourage a fait main basse sur lui, ils ont changé l’équipe alors j’ai arrêté.

 

Vous qui voyez passer des tas d’artistes, il n’y a pas de relève ?

Non, pour la scène, non. Mais on continue de voir des choses assez exceptionnelles. Le succès des Daft Punk, par exemple, c’est incroyable. Le dernier album [Random Access Memories, ndlr] a cartonné dans le monde entier.

 


 

Pour cet album, Daft Punk a enregistré dans trois studios hollywoodiens et un studio parisien, Gang. L’un de leurs ingénieurs du son, Florian Lagatta, a remporté quatre Grammy Awards en 2014. L’un d’eux est en évidence dans la cabine de contrôle du studio. Antoine Chabert, dit « Chab », a également été récompensé pour le mastering de l’album.



 

C’est ici qu’ils ont enregistré ?

Une partie, oui. Vous savez, aujourd’hui un même studio ne fait plus des albums de A à Z. Daft Punk est venu enregistrer des voix, Beck aussi. Les groupes ont leur propres équipes, avec leurs ingés son etc. Avec Michel [Berger, ndlr] c’était régulier, j’avais carte blanche pour tout. Les gens étaient fidèles, on avait l’habitude les uns des autres.

On dirait que vous ne faites plus le même boulot...

Ma façon de travailler a énormément changé, oui. Les artistes arrivent avec des chansons qu’ils ont bossées sur leur ordinateur portable, ils ont une idée très précise de ce qu’ils veulent. Ce n’est pas pareil. À l’époque on était là tous les jours, du matin au soir. Il y avait de d’effervescence. Et puis on s’amusait ! On avait la banane ! C’était pas le stress ! C’était convivial. Et puis on allait dîner le soir après le boulot, bien dîner. Pas se prendre un Mc Do juste à côté.

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Lab Lucky

C’est la touche finale et indispensable à la production d’un album : le mastering. Grâce à lui, les nouveaux morceaux sonnent punchy et les plus anciens prennent un coup de jeune. Translab est l’un des plus cotés de Paris : Daft Punk, Fauve, Katerine, Brigitte ou Gaëtan Roussel sont passés par là.

La suite de cet article est à retrouver dans Le 13 du mois N°53

 

Publié par Administrator  le 23 Juillet 2015
 

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